Invisibilité des personnes en situation de handicap dans le contexte de la Covid-19

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Vendredi 26 mars 2021 de 13h30 à 16h30

Nous souffrons tous des conséquences de cette pandémie et des mesures de prévention qui sont adoptées par les autorités. Mais les résultats de la consultation réalisée par UNIA auprès de 502 personnes en situation de handicap et de leurs proches démontrent que les besoins particuliers de ces personnes n’ont pas été pris en compte. Elles n’ont pas bénéficié des aménagements raisonnables auxquels elles ont droit. (Resultats_consultation_impact_COVID_sur_les_personnes_handicapees_et_leurs_proches.pdf (unia.be)

Or au début de la crise sanitaire, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme recommandait : « Les mesures d’intervention d’urgence et de protection sanitaire et sociale doivent être accessibles à tous et ne doivent pas être discriminatoires à l’encontre des personnes handicapées. (…). Les États doivent mettre en place des mesures supplémentaires pour garantir la continuité des réseaux de soutien aux personnes handicapées pendant toute la durée de la crise. » (https://www.ohchr.org/FR/NewsEvents/Pages/COVID19Guidance.aspx)

De nombreux exemples illustrent « l’invisibilité des personnes en situation de handicap » :

  • Des cours en ligne et le télétravail sont organisés le plus souvent sans tenir compte du manque d’accessibilité des applications numériques et sans bénéficier des aménagements raisonnables nécessaires pour suivre un cours ou réaliser son travail, sur un pied d’égalité avec les autres.
  • Des masques inadaptés aux personnes sourdes et malvoyantes.
    Pour les personnes déficientes auditives, le port d’un masque rend la lecture labiale impossible, limitant ainsi leur capacité à communiquer.
  • Faire ses achats essentiels est souvent devenu une expérience difficile. Les personnes en situation de handicap n’ont été prioritaires dans les files d’attente comme les personnes âgées, elles n’ont pas bénéficié de tranches horaires qui leur seraient réservées. Elles n’ont pas eu non plus de priorité pour les livraisons à domicile.
  • La communication des mesures gouvernementales n’a pas été adaptée pour en faciliter la compréhension par des personnes ayant des capacités intellectuelles différentes. Comment comprendre le système belge des « bulles » !
  • En cas de saturation nécessitant un « triage » des admissions, il est à craindre que les critères d’accès aux soins prennent en compte le handicap en tant que critère défavorable.
  • Etc…

Autant de mesures qui n’ont pas été prises en concertation avec les personnes en situation de handicap via leurs organisations et les conseils consultatifs afin d’identifier l’éventualité d’un impact négatif sur certains groupes de personnes.

Dans un contexte de pandémie mondiale, cette conférence réunit des intervenants d’horizons différents : belge, français, québécois, suisse afin de partager des regards différents sur les causes et conséquences de cette « invisibilité ».

Programme de la conférence :

13h30 : introduction par Serge Van Brakel, Président d’Horizon 2000

13h40 : L’impact de la crise du coronavirus sur les personnes en situation de handicap et leurs proches UNIA
Durant le premier confinement, Unia a mené une enquête en ligne à laquelle ont répondu 865 personnes, dont 502 personnes en situation de handicap et 363 membres de leur famille.
Il ressort de cette enquête que la crise du coronavirus a laissé des traces très profondes dans la vie des personnes en situation de handicap et de leur famille. EIles se sont senties abandonnées ou ont eu le sentiment de ne pas vraiment compter. Leurs aidants proches étaient également épuisés.
Durant cette intervention, Unia parcourra les résultats principaux de cette enquête en les mettant en perspective avec la situation actuelle et dressera le bilan des mesures qui ont été ou auraient dû être prises par les autorités, et plus spécifiquement les villes et les communes.

14h10 : Cherchez le handicap : comprendre les dommages collatéraux d’un angle mort de la gestion publique de la prévention des risques d’infection au COVID 19
La gestion de la pandémie par les autorités de la santé publique et gouvernementales a entrainé un accroissement dramatique des situations de handicap vécues par les personnes ayant des incapacités. La dominante biomédicale de la gestion populationnelle des risques d’infection a rendu invisibles les personnes en situations de handicap au sein de la catégorie fourre-tout des populations vulnérables. Des services pourtant essentiels à la sécurité, à la survie et à la participation sociale ont été sabrés. Quelles sont les conséquences fonctionnelles, psychologiques et sociales de ces ruptures de services et de liens sociaux sur ces personnes et leurs proches, devenues des dommages collatéraux de la guerre au virus ?  Peut-on parler de capacitisme systémique et de déni fragrant des droits humains pourtant  garantis par les politiques sociales inclusives et la CDPH (ONU, 2006) ?
par Patrick Fougeyrollas (Québec) 
Anthropologue spécialisé dans l’étude du phénomène de construction culturelle du handicap
Chercheur régulier du CIRRIS
Professeur associé, Département d’anthropologie, Faculté des Sciences sociales, Université Laval
Fondateur et conseiller scientifique du Réseau International sur le Processus de Production du Handicap (RIPPH)
Concepteur du modèle du Développement Humain et du Processus de Production du Handicap (MDH-PPH)

14h30 : Questions à l’intervenant

14h45 : Pandémie et handicap en Suisse : regards croisés
Pour le prochain numéro Pages romandes, la directrice de la revue a approché des personnes en situation de handicap, des représentants des milieux institutionnels et associatifs ainsi que des professionnels issus de la recherche sur le thème de la pandémie et du handicap. Ce webinaire sera l’occasion de tirer un premier bilan, certes non exhaustif, de la situation, des difficultés rencontrées mais aussi des adaptations mises en place souvent dans l’urgence. Monsieur Pierre Weber, membre du comité ASA-Handicap mental, s’exprimera également sur son quotidien en cette période de pandémie.  
Par Pierre Weber, auto-représentant et membre du comité ASA-Handicap mental
et
Sarah Cornaz, directrice des Pages romandes et maman d’un jeune homme en situation de handicap

15h05 : questions aux intervenants

15h20 : Pas prioritaire pour les soins intensifs, pas prioritaire pour la vaccination ! Trop c’est trop !!!
Lors de la première phase de la pandémie, on a dit aux personnes « fragiles », rapidement assimilées à l’ensemble des personnes handicapées, qu’elles ne seraient pas prioritaires aux soins intensifs en prévision d’une saturation des services. Récemment, l’Absym a prôné une vaccination sur le seul critère de l’âge, faisant fi de l’avis du Conseil Supérieur de la Santé et de la demande des associations et des personnes concernées d’être vaccinées rapidement. Dans chaque cas, les associations et les organes représentatifs ont du monter au créneau pour défendre les personnes.
Par Jean-Marie Huet, Président de l’Association Belge contre les Maladies neuro-Musculaires asbl et coordinateur du Téléthon belge.

15h40 : questions à l’intervenant

15h55 : « L’inaccessibilité numérique n’est pas seulement un problème technique »
La crise de la Covid a bousculé les pratiques éducatives et pédagogiques en contraignant les enseignants de tous les niveaux à modifier leurs pratiques.
Cependant ces nouvelles pratiques, parfois bricolées avec les moyens du bord, n’ont pas nécessairement tenu compte des problèmes d’accessibilité. A partir d’une grille de lecture inspirée de l’anthropologie des techniques, nous montrerons que l’inaccessibilité numérique est un problème qui touchent plusieurs dimensions : matérielle, langagière et processuelle. Si l’aspect technique de l’inaccessibilité est évident, nous interrogeons son caractère organisationnel, la façon dont les collectifs adaptent leurs activités.
par Loïc Andrien (France)
ATER INSHEA
i3-CRG, École polytechnique, IP Paris
Co-animateur, réseau H2i-Handicap et Innovation Inclusive

16h15 : question à l’intervenant

16h30 : Fin

Présentation en vidéo par UNIA – ICI

Présentation en vidéo par Patrick Fougeyrollas (Québec) – ICI

La conférence sera animée par Pierre CASTELEIN
Vice-président international du réseau RIPPH

Inscription obligatoire – ICI. Droit d’inscription : 7€