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Actes Colloques Année 2002 - Colloques N°1 - 04/04/02

L'animal et le handicap

LE PROGRAMME D'AIDE SIMIENNE :
UTILISATION DU SINGE CAPUCIN COMME AIDE
A DES PERSONNES TETRAPLEGIQUES

Dans les années 60-70, les cas de personnes ayant adopté un singe et vivant avec lui dans leur environnement familier s'étaient multipliés en Amérique du Nord. Les anecdotes sur l'intelligence et la bonne intégration de ces animaux si particuliers au sein de l'univers humain quotidien se sont bien sûr également répandues. Il n'est dès lors pas étonnant qu'ait émergé l'idée d'utiliser les compétences de primates non-humain pour pallier aux difficultés rencontrées quotidiennement dans des situations de handicap par ces autres primates que sont les hommes. Car hommes et capucins sont bien tous deux des primates et à ce titre alliés potentiels. Les compétences des capucins sont bien réelles et ne laissent pas de nous impressionner, même en tant que spécialistes.
C'est ainsi que différentes équipes de spécialistes en Amérique du Nord (Etats-Unis et Canada) et en Europe (Belgique et France) ont mis sur pied des programmes d'éducation de singes capucins. L'objectif de ces programmes était de produire des individus "dressés", capables d'assister des personnes souffrant de troubles moteurs graves à retrouver un certain degré d'autonomie dans les tâches de la vie quotidienne.

Malins, habiles et sociables

Pourquoi avoir choisi des singes capucins ? Pour bien comprendre les raisons de ce choix, il convient d'examiner de plus près qui sont ces candidats auxiliaires de l'homme.

Les singes capucins sont des singes "du Nouveau Monde" (Amérique du Sud, par opposition aux singes de l'ancien Monde, africains et asiatiques). Ils sont d'assez petite taille (avec un poids moyen de 4kg chez l'adulte) et arboricole dans leur milieu naturel. Ils sont d'autant plus experts à se déplacer dans les arbres qu'ils disposent d'une queue préhensible, ce qui équivaut pour eux à un équipement de 5 membres dont ils se servent pour s'accrocher et progresser, mais aussi pour saisir des objets. Les capucins vivent généralement au sein de groupes sociaux constitués de plusieurs mâles et plusieurs femelles adultes et de leur progéniture.
La vie sociale est organisée selon une hiérarchie assez stricte. Comme tous les primates en général, leur maturation est longue, les mâles n'atteignent l'âge adulte que vers 6 ou 7 ans, et les femelles vers 4 ans.

Ce sont des omnivores, mais avec une prédilection pour les fruits, ce qui est certainement à mettre en rapport avec certaines caractéristiques de leur intelligence. Leur amour des fruits va de pair avec certaines exigences.

  • une bonne mémoire spatiale et temporelle (où se trouve cet arbre, quand l'ai-je visité la dernière fois ?…)
  • des capacités de manipuler pour cueillir, décortiquer, éliminer graines et noyau, et parfois s'aider d'un outil pour casser les cosses ou accéder au jus.
  • des capacités d'apprentissage, c'est-à-dire la possibilité d'acquérir de nouveaux comportements, d'évaluer l'efficacité de leurs stratégies quand ils cherchent à obtenir un fruit, et de modifier ce comportement pour qu'il soit le plus efficace possible (par exemple, adopter la technique la plus rapide et la plus facile pour ouvrir un fruit et le consommer).

Mémoire, capacités d'apprentissage, flexibilité et capacités manipulatoires sont donc des qualités tout à fait pertinentes pour un candidat au programme d'aide simienne.

Un programme simple mais ambitieux

L'idée était donc d'apprendre à des singes une série de tâches, telles que certains exemples sont données dans la vidéo, qui font partie du quotidien des personnes. Manipuler des appareillages simples, déplacer ou apporter des objets à la demande de la personne, emboîter des éléments … ce sont là toute une série de tâches que les capucins des programmes d'aide simienne ont appris à accomplir. La technique utilisée était celle de l'apprentissage par conditionnement opérant, c'est-à-dire que les comportements sont récompensés selon qu'ils se rapprochent de ce que l'on veut que l'animal produise, et ce jusqu'à ce que le comportement soit parfait.

Au-delà de cet aspect technique, il est extrêmement important de réaliser ce que l'on cherche à instaurer. Dans cet apprentissage c'est une relation, dans le sens d'une relation sociale, entre le singe et l'instructeur. En l'occurrence, il s'agit d'une relation d'influence ou d'autorité, car le singe doit savoir que sa récompense dépend de son obéissance à l'instructeur, mais ce doit devenir une obéissance accordée de bonne volonté.

Si l'on met en parallèle les avantages et les inconvénients des singes capucins pour réaliser les tâches qu'on exige d'eux, on voit surgir une situation qui explique les résultats paradoxaux que l'on a obtenus.
Les capucins disons-nous sont malins : ils ont une excellente mémoire, une certaine adaptabilité et une grande curiosité.
Les capucins sont doués pour les manipulations fines.
Les capucins sont des individus sociables, c'est-à-dire qu'il crée des relations sociales avec les êtres qui font partie de leur quotidien.

Ces avantages sont hélas aussi des inconvénients.
La curiosité chez le capucin entraîne l'ennui et la recherche de stimulations nouvelles ce qui est source de méfaits potentiels.
Leurs capacités sociales sont hélas assorties de possessivité et de jalousie, donc de rejet potentiel des personnes appartenant à l'entourage de la personne qu'ils aident, rejet qui peut éventuellement entraîner des incidents relativement graves.

Et après 10 ans

Le service du Professeur Mercier a réalisé plusieurs conditionnements de singes dont certains ont été socialisés, c'est-à-dire placés dans des familles. Certains placements on été un succès. Mais le programme est maintenant interrompu du moins au niveau européen. Une des raison est l'investissement important en temps, en argent que cet apprentissage nécessite.
Beaucoup des difficultés rencontrées proviennent des inconvénients que je viens de décrire. Il n'en reste pas moins que le modèle reste théoriquement intéressant. Si le programme devait être remis sur pied, certains points devraient être pris en considération. Il serait par exemple indispensable de penser au suivi des placements.

Marie-Claude HUYNENE, Ph. D.
Assistante, Département de Psychologie
FUNDP (M. Mercier, Professeur)

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Dernière mise à jour le 10.08.2008

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